Histoire de l’habitat et de la construction
Les origines antiques et médiévales
L’habitat toulousain trouve ses racines dans l’héritage romain, lorsque les Romains introduisent vers l’an 1 avant J.-C. la brique foraine aux dimensions caractéristiques de 42 x 28 x 5 cm.

L’absence de pierre calcaire dans la région contraint les bâtisseurs à développer une architecture de brique unique en France.
Cette brique en terre cuite, façonnée à partir de l’argile abondante de la région, devient le matériau de construction emblématique qui donnera son surnom à la ville.

La ville médiévale se structure autour de zones concentriques : la cité romaine aux rues étroites et tortueuses, puis la ville médiévale retranchée dans ses remparts. Les demeures médiévales, comme celle conservée au 15 rue Croix-Baragnon datée du premier quart du XIVe siècle[11], témoignent d’une architecture raffinée avec leurs fenêtres géminées et leurs décors sculptés inspirés du cloître des Jacobins.
L’âge d’or de la Renaissance
Le XVIe siècle marque l’apogée architectural toulousain grâce à la prospérité générée par le commerce du pastel.
Toulouse devient alors la troisième ville de France, dotée de marchands d’envergure internationale et d’un Parlement provincial puissant.
Cette richesse se traduit par la construction de somptueux hôtels particuliers qui amènent l’érudit Joseph Juste Scaliger à qualifier Toulouse de « plus belle ville de France » à la fin du XVIe siècle.

L’architecture Renaissance toulousaine se caractérise par l’adaptation des modèles italiens aux traditions locales.
L’architecte Nicolas Bachelier devient la figure emblématique de cette période, concevant des portails sculptés et des façades où la brique se marie harmonieusement avec les décors de pierre. Les hôtels particuliers se multiplient, créant un patrimoine architectural d’une richesse exceptionnelle avec leurs portes, portails et fenêtres Renaissance finement décorés.
Les transformations modernes
Le XVIIIe siècle voit l’adoption de règles préventives contre l’incendie qui transforment l’habitat : les constructions à pans de bois sont progressivement interdites en 1555, remplacées par la terre cuite. Paradoxalement, cette époque impose aussi le blanchiment des façades au blanc de céruse pour des raisons de salubrité, masquant temporairement la couleur rose caractéristique.

Le Second Empire apporte une révolution urbanistique avec les travaux de l’ingénieur Urbain Maguès qui, inspiré des transformations haussmaniennes, perce deux grandes rues perpendiculaires dans le tissu médiéval. Cette période voit naître un haussmannisme toulousain adapté aux matériaux régionaux, mêlant brique jaune et brique rouge le long des nouvelles artères comme les allées François Verdier.
L’expansion contemporaine
Le XXe siècle transforme radicalement l’habitat toulousain avec l’émergence du logement social et de l’habitat pavillonnaire. L’office public d’habitation créé en 1921 réalise 2 000 logements entre 1925 et 1940, développant neuf cités jardins en périphérie. Ces réalisations, bien qu’éloignées des modèles anglais prestigieux, introduisent les maisons à pignon jumelées ou isolées avec jardin.

L’architecture de cette période révèle une grande diversité stylistique : néo-régionalisme, Art déco, mouvement moderne se succèdent. Les extensions urbaines adoptent la forme pavillonnaire, créant cette « ville-village » qui caractérise aujourd’hui Toulouse. Cette croissance s’accélère après la Seconde Guerre mondiale avec le retour aux façades de brique naturelle, politique renforcée dans les années 1980-1990 par les aides au ravalement qui redonnent à Toulouse son identité rose.
Les facteurs économiques contemporains – développement de l’aéronautique et du spatial, croissance universitaire avec plus de 100 000 étudiants – alimentent une croissance démographique soutenue qui façonne aujourd’hui les nouveaux quartiers et les grands projets de rénovation urbaine.
